Rencontre avec les architectes des châteaux de la Loire dans Fortnite

Les six créatifs qui ont recréé les châteaux de la Loire dans le jeu vidéo Fortnite à l’occasion de l'événement Centre-Val de Loire Fortnite Tour racontent leur parcours de “mappeurs”, leur processus de modélisation ainsi que les difficultés qu’ils ont rencontré durant la construction.

Le château de Chambord, modélisé par XWD dans Fortnite et éclairé par une lumière matinale.

Les châteaux de la Loire recréés dans un jeu vidéo. C’est par cette idée qui peut sembler saugrenue que la région Centre-Val de Loire s’est associée à Solary, Goodnite et Notabene pour proposer un contenu inédit afin de relancer le tourisme ! Grâce au jeu vidéo Fortnite, six créatifs, aussi appelés “mappeurs”, ont pu modéliser les châteaux du Clos lucé, de Chambord, d’Amboise, de La Valette et de Chaumont, afin que des joueurs puissent accéder virtuellement à ces monuments du patrimoine centrais.

Ces six architectes numériques ont pris le temps de répondre à quelques questions afin d’expliquer comment ils en sont arrivés à modéliser les châteaux de la Loire, leur processus créatif, ainsi que les différents défis qu’ils ont dû surmonter. 

Les mappeurs, architectes de leur propre réussite

Créer des cartes dans un jeu, c’est l’occasion pour les esprits créatifs de laisser libre court à leur imagination. Pour XWD, pseudonyme qui cache un étudiant en design d’espace de 21 ans et mappeur du château de Chambord, ce fut rapidement l’occasion de s’atteler à des projets très ambitieux : « J'ai découvert le mode créatif de Fortnite en janvier 2019. En décembre, j’ai créé ma première map (...) Trois mois après  j’ai vraiment pris goût et je me suis lancé dans un projet encore plus fou en créant ma première map artistique de Paris (nouvelle fenêtre) 

Pour Anaïs, qui a co-créé la carte du château de La Valette, cette transition s’est faite plutôt naturellement : « J’ai commencé à jouer à Fortnite à ses débuts, bien avant que le créatif n’existe et quand c’est arrivé, je ne pensais jamais faire de maps de ma vie car j’imaginais ça très complexe. Pourtant deux mois plus tard j’ai obtenu mon code créateur et j’ai commencé en faisant des maps pour les événements de la Team Croûton [Ndlr : La Team Croûton est un collectif de vidéastes qui s’est fait connaître grâce à Fortnite], seule ou en duo avec Emeric, mon copain. » Ce dernier, qui a également participé à ce projet, ajoute que « C’est grâce à Anaïs que j’ai commencé à faire des maps. »

Si le mapping commence généralement par passion, il peut mener à de véritables carrières. « Je vis du mapping sur Fortnite, je travaille notamment avec le Youtubeur et fondateur de Goodnite.fr (nouvelle fenêtre), Valouzz (nouvelle fenêtre). J’ai commencé à créer des cartes sur Fortnite dès le lancement du mode créatif. Un tournoi organisé par Doc Jazy (nouvelle fenêtre) appelé The Map m'a permis de me faire connaître dans le milieu. », témoigne Vertigo, architecte du château du Clos Lucé. La compétition est souvent un excellent moyen de se faire remarquer, comme peut le confirmer Hassan, étudiant de 19 ans et chargé de la construction du château d’Amboise. « Je suis devenu Goodnite mappeur à la suite de ma qualification au tournoi Good’Map où je suis arrivé, en duo, premiers mappeurs français. De plus, j’ai récemment remporté un concours mondial organisé par Fortnite officiel, le Princess Castle Contest.(nouvelle fenêtre) »

Comme eux, Zahamé, mappeur de 24 ans responsable du château de Chaumont, a aujourd’hui la chance de pouvoir vivre de ses créations, après près de deux ans d’activité. « J’ai commencé à créer des cartes dès le premier jour de la sortie du mode créatif, c’est-à-dire le 6 décembre 2018. Je n’ai jamais arrêté d’en créer depuis. »

La préparation comme clé de voûte

Modéliser l’intégralité d’un monument de façon fidèle est un travail de longue haleine, et chaque mappeur a sa propre façon d’appréhender cette tâche. « Étant photographe, je mets souvent en valeur le côté artistique de mes maps. (...) J’y réfléchis peu avant, et je bosse en fonction de ce qui m’inspire sur le moment. C’est beaucoup au feeling, et avec peu d’organisation je dois l’avouer. », confie Anaïs, amusée. Emeric, son petit-ami et collaborateur, a quant à lui une façon de travailler davantage structurée : « Moi je suis très organisé, si j’ai une idée de map je vais réaliser des croquis et mettre sur papier ce dont j’ai besoin pour réaliser la map, en termes de décorations ou de mécanismes. Ça nous permet parfois de se compléter si l’on doit réaliser une map à deux. »

 Pour simuler les fresques « atypiques » du château de La Valette, Anaïs et Emeric ont utilisé l’outil de graffitis de Fortnite.
 

Cette volonté de préparer les plans à l’avance est partagée par la majorité des cartographes de Fortnite. « Lorsque je commence une map, je réalise parfois un croquis sur lequel je dessine les éléments importants de la map, leurs emplacements, leurs dimensions etc. », explique Hassan. « Pour commencer, je réfléchis aux idées, je regarde des images sur Google. Je commence par faire un brouillon de la maps puis je peaufine les détails. », ajoute Vertigo. 

Cette attention aux détails est primordiale pour atteindre un résultat aussi proche que possible de la réalité. Zahamé utilise également tous les outils à sa disposition pour nourrir ses recherches. « Si c’est une reproduction, comme pour ce projet de château, je regarde sur internet des images, des plans et je vais aussi sur Google Maps pour avoir le plus d’informations possible. De façon générale, je regarde beaucoup d’images pour m’inspirer. »

Des plans adaptés aux difficultés techniques

Si les architectes doivent trouver des solutions pour contourner les difficultés des chantiers, les mappeurs ont également leurs lots de problèmes à résoudre lorsqu’ils travaillent sur des projets ambitieux. En effet, aussi complet soit-il, l’outil de création de cartes de Fortnite n’est pas non plus parfait, et il pousse les entrepreneurs à trouver des moyens d’esquiver les limitations techniques. « Le plus dur a été le souci du détail, trouver l’équivalent de formes ou de textures sur le jeu, ça n’a pas été évident ! », explique Anaïs, avant d’être soutenue par Emeric : « Je dirais la même chose qu’Anaïs, notamment à cause de bugs du jeu qui sont indépendants de notre volonté et qui pénalisent parfois nos travaux, un mur qui se décale ou des choses qui ne se mettent pas à la bonne échelle, il a fallu faire avec et garder son calme. ».

Outre les bugs, le respect des dimensions est également un facteur primordial à prendre en compte en amont. « La tâche la plus difficile dans la conception de la map a été de faire en sorte que les dimensions soient plus ou moins similaires au vrai château et que la reproduction soit assez réaliste pour que l’on puisse reconnaître le château d’Amboise à travers le jeu. », explique Hassan. En effet, si le projet est trop ambitieux, les mappeurs risquent rapidement d’être confrontés à un dilemme, car il faut : « Gérer la mémoire : plus il y aura de détails et plus la map sera lourde et belle. On ne peut pas dépasser les 100 000 [unités de mémoire], donc il faut bien l’optimiser dès le départ pour ne pas être bloqué sur la fin. », ajoute XWD.


Si le but premier de l’association entre les mappeurs de Fortnite créatif et la région Centre-Val de Loire a été de faire rayonner le patrimoine culturel centrais en proposant aux joueurs de jeux-vidéo un nouveau moyen de découvrir les châteaux de la Loire, les architectes de ces projets ont également eu l’occasion d’apprendre durant la conception de leur chantier. « Je pense que c’est définitivement un projet qui m’aidera pour mes prochaines maps. », raconte Emeric. Zahamé conclut : « J’en retiens une très belle expérience, c’est toujours amusant de reproduire des châteaux qui existent dans la vraie vie et de les voir sur un jeu. »
 

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