Orléans - LA VOIX DE MA GRAND-MERE
« Je ne peux pas entendre la voix de ma grand-mère. Pas seulement parce qu’elle est morte : parce que c’est une voix à laquelle, à bien des égards, je suis sourde. Ma grand-mère est décédée quelques jours après la naissance de mon père, au Laos. Je n’ai jamais entendu sa voix. Mon père n’a pu l’entendre que quelques jours, il n’en a aucun souvenir conscient. Retrouver la voix de ma grand-mère, c’est donc dans un premier temps reconstruire le récit brusquement interrompu d’une vie presque anonyme, lointaine dans le temps et dans l’espace. C’est aussi cheminer vers une langue, le laotien, à laquelle j’ai été exposée enfant par mon père.
Mais comme beaucoup d’enfants d’immigrés ou de couples mixtes, dans un contexte culturel qui encourageait l’assimilation, je ne l’ai jamais apprise — voire l’ai franchement rejetée.
C’est encore apprendre à entendre une autre musique, défaire certains codes culturels assimilés depuis l’enfance (…) Je sais très peu de choses de ma grand-mère. On dit néanmoins qu’elle aurait été chanteuse. Un point commun (…) entre elle et moi, qui ai passé mon enfance à chanter. La Voix de ma grand-mère est une quête. Les obstacles sont immenses, le désir ne l’est pas moins. Je me mets en chemin. »
Vanasay Khamphommala